Des kilomètres au compteur

Publié le par La petite infirmière

Des kilomètres au compteur

Ce matin, levé matinal encore plus tôt que d'habitude, vu les conditions météo annoncées. Il fait noir dehors, l'épaisse couche de neige brille dans la nuit. Je démarre ma voiture à l'avance, histoire de ne pas avoir à "gratter" le pare-brise. Il fait froid mais il faut y aller, les patients attendent. J'ai essayé d'aménager ma tournée, en ne gardant que les soins qui ne peuvent être remis au lendemain. Pour les autres, ils attendront un jour ou deux. Ça y est, je suis partie pour une longue, très longue journée. Je suis la première à emprunter la route enneigée. Tout ce blanc immaculé tranche avec la noirceur de la nuit. C'est à la fois beau et angoissant. Je me sens seule dans ma voiture, j'ai un peu peur. Mes mains sont crispées sur le volant. Je roule doucement pour ne pas glisser. On n'y voit rien. Après un temps qui me semble infini, j'arrive chez mon premier patient. Sa maison éclairée est pour moi un phare au milieu de l'océan. Il m'a fallu trois fois le temps habituel pour arriver et j'ai une vingtaine de personnes à voir ce matin. La chaleur de cette maison me crie de rester. Je n'ai pas envie de repartir mais je dois continuer. Je prends mon courage à deux mains et je redémarre.

L'épisode neigeux a duré quelques jours cette année-là. Il m'a semblé bien long. Il s'est souvent répété depuis que je suis en libéral. Pas tous les ans bien sûr, mais régulièrement. Et, je ne travaille pas en montagne mais à la campagne. Alors, quand est-il de mes collègues qui durant tout l'hiver arpentent des chemins verglacés où les villages sont très éloignés les uns des autres ? En montagne, en milieu rural, nous faisons énormément de kilomètres pour nous rendre chez les patients. Nous passons beaucoup de temps dans notre voiture. Nous n'avons pas le choix. Les habitations sont espacées et souvent isolées. Sans ces kilomètres au compteur, pas de soins à domicile. Tout le monde n'a pas la possibilité de se rendre au cabinet. C'est souvent, très souvent à nous de nous déplacer. Et nous le faisons avec conviction et professionnalisme. A bon entendeur, salut !

Commenter cet article