Le désordre des choses de la vie...

Publié le par La petite infirmière

Le désordre des choses de la vie...

Tu es né quelques mois avant moi. Nous avons pour ainsi dire le même âge. Tu as grandi comme moi, bercé par Casimir, Albator et Pif gadget. Adolescent, comme moi tu écoutais les Cure ou REM. Adulte, dans les années 2000, comme moi tu t’es lancé dans la vie active. Comme moi et comme tout le monde, tu dois te battre au quotidien mais ce n’est pas le même combat qui est mené. Toi, tu mènes le plus difficile, celui contre la maladie, contre la mort qui rôde et qui approche à pas de loup. La regardes-tu de loin ? La sens-tu venir ? Difficile à dire, car ces choses-là, on ne les dit pas. Pas même à ses infirmières.

Tu as mon âge mais tu vieillis un peu plus chaque jour. Ton dos devient plus voûté. Ton regard s’éteint. Ton corps amaigri se ferme. Lorsque nous venons le matin pour les soins, tu nous accueilles avec un petit sourire. Un sourire poli malgré la douleur qui fait rage. Je te parle des émissions de notre enfance et de musique. Pendant ces courts moments, tu redeviens un homme de quarante ans. Puis, la douleur surgit comme un vent d’orage qui balaie tout sur son passage. Tu te refermes et ton monde n’est plus que souffrance.

Nous te soignerons jusqu’au bout, jusqu’à la prochaine hospitalisation ou jusqu’à la fin.

Soigner en sentant que le combat est perdu d’avance. Venir et sentir cette atmosphère lourde qui a envahi ta maison. S’interroger sur le devenir de ta famille et de tes enfants, beaucoup trop jeunes pour vivre sans leur père. C’est le désordre des choses de la vie. Nous continuerons tant que la plus infime respiration perdurera. Nous soulagerons autant que l’on pourra. Nous serons là tant que tu auras besoin même si ce n’est pas facile de soigner quelqu’un du même âge que soi, même si le seul mot qui me vient est : injustice. Ce n’est pas dans l’ordre des choses que d’avoir un vilain crabe à quarante ans. Les choses de la vie n’ont malheureusement pas d’ordre, il faut continuer à avancer même si, parfois, le chemin est insupportable.