Recherche médecin désespérement...

Publié le par La petite infirmière

le médecin de campagne et Doisneau

le médecin de campagne et Doisneau

Cela pourrait être le titre d’une petite annonce, vous savez celle que l’on trouve dans les dernières pages des journaux, une annonce de quelques lignes coincée entre une « Zx à vendre, état (presque) neuf » et un « vends cause déménagement cuisinière électrique ». Cette petite annonce aurait pour titre : « Recherche médecin ». On pourrait préciser : « pour petit village dans une région où il fait bon vivre ». C’est rassurant de marquer « où il fait bon vivre », ça donne un côté image d’Épinal.

Bon, bien sûr, on omettrait d’indiquer que ça urge parce que bientôt il n’y aura plus de médecins, que les rares qui sont encore là ont du travail par-dessus la tête et sont plutôt en fin de carrière.

On omettrait de dire que pour le conjoint peu de travail aux alentours ou si travail il y a, c’est permis de conduire obligatoire.

On omettrait de dire que pour rejoindre les grandes villes, il faut être patient, très patient pour trouver un train qui fait le trajet direct parce que la campagne est oubliée, même par la SNCF !

On omettrait de dire que les commerces ferment les uns après les autres, parce que seules les grandes enseignes subsistent et qu’ici, il n’y en a pas beaucoup.

On omettrait de dire qu’il faut s’armer de patience pour télécharger les cinq premières minutes de l’épisode 1 de votre série préférée. La campagne n’a pas besoin d’internet, c’est bien connu !

On omettrait de dire que la population est vieillissante et isolée et que oui, il faut faire des kilomètres pour se rendre chez certains patients.

On omettrait de mentionner que les écoles ferment, que la poste est délocalisée parce qu’un village où il n’y a ni école ni poste, c’est un village mort.

Pourtant, il va bien falloir en trouver un, de médecin. Avant qu’il n’y en ait plus du tout, parce que là, plus personne ne voudra venir.

Malgré tout, on a essayé d’en attirer, à grands coups de loyers gratuits, prêts immobiliers, cabinets flambants neufs. On a eu beau se donner du mal, rien n’y a fait. Ceux qui sont venus, sont repartis aussi vite une fois les mois de gratuité expirés.

Les petites communes ne peuvent faire face à la loi du « toujours plus » : toujours plus de loyers gratuits, toujours plus de salaires minimums…

Les gens n’y croient plus. Ils disent que bientôt, il faudra se rendre aux urgences les plus proches (qui sont tout de même à une trentaine de kilomètres) au moindre bobo parce qu’ici, il n’y aura plus personne. Ils disent que peut-être ils devront partir eux aussi parce qu’ils ne pourront plus être soignés correctement. Ils disent qu’il ne faut pas tomber malade lorsque l’on habite ici.

J’en ai entendu des : « je ne sais pas comment vous faites pour habiter là ! C’est joli mais c’est drôlement paumé ! ». Si tout était mis en œuvre pour faire vivre la campagne, pour la relier aux agglomérations, pour la développer, elle serait déjà moins paumée. Mais, voilà, le problème c’est que rien ou presque n’est fait. La campagne déjà isolée s’isole encore plus du reste du monde parce que ce n’est pas rentable, parce qu’est-ce qu’il y aurait à gagner de privilégier des coins perdus au milieu de nulle part.

Pourtant, c’est vrai qu’il y fait bon vivre, que même ailleurs, on y revient toujours.

Je sais qu’il n’y a pas qu’ici, que le manque de médecins se fait cruellement sentir. Dans certaines villes aussi. Dans d’autres campagnes, dans d’autres régions...mais ici, on le ressent de plus en plus. Petit à petit la campagne se transforme en désert.

Oui, pour être honnête, il faudrait inscrire sur l’annonce : « recherche médecin, désespérément … » Mais qui voudra venir, si on met cela ?

Recherche médecin désespérement...

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