Un coup d'épée dans l'eau salée des larmes...

Publié le par La petite infirmière

Image pixabay.com

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Aujourd’hui, rien ne va. Elle lève les yeux sur moi, des yeux pleins de larmes. Tout son corps tremble. Elle s’assoie avec difficultés sur la chaise. Devant elle, son bol de café est déjà froid. Elle a mis un temps fou, à parcourir les quelques mètres qui sépare la chambre de la cuisine.

-« Je n’arrive à rien, j’ai trop mal… »

Elle répète cette phrase inlassablement. Depuis qu’elle est rentrée chez elle après un séjour à l’hôpital, tout n’est que douleur. Tout son être, son corps et surtout sa tête. Elle ne pense qu’à cela, ne voit que cela. Un tunnel de souffrance qui part à l’infini et, où, aucune sortie n’est envisageable.

Je la rassure comme je peux, ses enfants la rassurent comme ils peuvent mais rien n’y fait. À quatre vingt cinq ans, elle a quitté le ring, le combat est terminé. Elle a décidé, malgré elle de baisser la garde et à cet âge-là, cela n’annonce rien de bon.

Pourtant, il y a quelques semaines à peine, elle marchait. Doucement, certes, mais elle marchait. Elle discutait, elle souriait. Elle se sentait bien dans son « cocon ». Puis, la douleur a progressé, d’abord doucement, insidieusement, une gêne pour se déplacer, des pertes d’équilibre et puis patatras, il y a eu la chute. Rien de cassé mais on l’a gardé quelques jours en observation. Puis, ce fut le retour à domicile sans passer par la case « maison de convalescence » (parce que rien n’était cassé justement). Il a fallu trouver de l’aide, pour le ménage et les repas, quelques heures par mois pris en charge, le reste payé plein pot.

 La journée, elle reste seule comme avant l’hospitalisation mais maintenant le cocon semble moins attrayant. Solitude et douleur ne font pas bon ménage. Les enfants se relayent mais rien n’y fait. Petit à petit, elle se coupe du monde et répète inlassablement qu’elle ne peut plus continuer. Le poids des années, de la maladie est devenu trop lourd pour elle. Ses enfants regardent, impuissants, leur mère dégringolée sous leurs yeux. Une longue descente, un glissement insidieux, un lâcher prise. Plus envie de se battre, plus envie d’être là. Pas possible d’envisager une maison de retraite pour l’instant alors ils font ce qu’ils peuvent pour qu’elle se sente bien. 

« Tu verras dans quelques semaines, ça ira mieux »

Mais pour cela, il faut se battre, une lutte quotidienne contre cette satanée douleur et elle ne peut plus. Alors, elle se laisse glisser. Une lente et douloureuse chute. Une de celles qui ne font pas de bruit mais dont on ne se relève que trop rarement. Elle se laisse tomber sous nos yeux et personne ne peut rien faire pour la rattraper. "C’est mon choix", nous répète-t-elle inlassablement. Tout le monde tente de la convaincre que la bataille en vaut la chandelle mais chaque tentative est comme un coup d’épée dans l’eau. Nous la regardons glisser lentement et c’est bien cela le plus difficile. Rester spectateur alors que nous rêverions d’agir. Rester les bras ballants et accepter que le choix de l’autre, ne soit pas celui que l’on voudrait. Accepter de l’autre, qu’il décide de baisser les bras et tirer peut-être ainsi sa révérence…

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