Joue-la comme Elvis (texte pour l'infirmière magazine)

Publié le par La petite infirmière

Joue-la comme Elvis (texte pour l'infirmière magazine)

 

Je venais de passer une matinée difficile, la tournée n'avait pas été de tout repos. Une de ces tournées que l'on a envie d'effacer d'un trait de sa mémoire. Une de ces tournées qui met la motivation à rude épreuve et qui nous fait douter de notre intérêt pour ce métier et de notre capacité à l'exercer. Une de ces tournées où l'on se demande ce que l'on vaut vraiment parce que rien ne se passe comme on le voudrait. Pas de grosses galères mais des petites choses qui font qu'à la fin, il ne reste que la sensation d'être tout en bas de l'échelle : un accueil glacial chez l'un, des reproches chez un autre parce que le retard s'est accumulé, une impression de ne pas être disponible, de ne pas avoir les bons mots. Et puis la fatigue et l'agacement qui se rajoutent au reste, étiolant mon envie au gré des désillusions.

La tournée touchait à sa fin. Je n'avais qu'une hâte : terminer ! La motivation s'était fait la malle depuis un bon moment déjà. Je me sentais vidée et je n'avais envie que de tourner la page pour chasser cette journée de mon esprit. J'arrivais chez un des derniers patients de la matinée. Tous les jours, à la même heure, il m'attendait pour prendre son traitement psychiatrique. J'ai donc frappé à la porte et Il est venu m'ouvrir avec un grand sourire.

De sa maison, s'échappaient les premières notes de "Falling in love with you ". Il adorait la musique et collectionnait les vinyles qu'il écoutait sans interruption toute la journée. Il les écoutait en faisant du coloriage ou un puzzle parce que malgré son handicap il arrivait toujours à s'occuper. Entrer dans cette maison a été comme un sas de décompression. J'ai respiré profondément, je me suis concentrée sur la chanson d'Elvis et pendant que le monsieur prenait son traitement, le poids de cette matinée m'a semblé moins lourd. Je prenais de la distance et plus la chanson avançait, plus je me sentais mieux. Parfois, une piqûre de rappel est nécessaire : un moment de réflexion juste pour se souvenir que l'on fait de son mieux et que parfois le mieux est loin de la perfection.

Demain, je repartirai en tournée. Ce sera peut-être un jour moins bien comme aujourd'hui mais peut-être pas et comme disait Elvis Presley : "Une image est une chose, un être humain une autre. C'est très dur de se montrer à la hauteur d'une image". 

 

 

 

 

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Maud ROBIN 25/06/2018 00:50

Superbement raconté
(comme toujours! )
j adore tes articles ds lesquels on se retrouve facilement. Tes mots deviennent les notres, ceux qu on aurait aime dire.
Alors merci de les ecrire pour nous. Bises

La petite infirmière 25/06/2018 17:16

Merci Maud d’etre Toujours présente pour me lire. Grosses bises