Souvenir de service [3] : Les oiseaux de nuit ...

Publié le par La petite infirmière

Souvenir de service [3] : Les oiseaux de nuit ...


La voiture démarre. Je pars dans la nuit. La route m’emporte vers l’hôpital. Le voyage silencieux me paraît interminable, celui du lendemain matin le sera encore plus. Durant les vingt minutes de trajet, je ne pense qu’à la maison : le repas prêt sur la table, le lit vide d’une moitié, le linge laissé en vrac que je n’ai pas eu le temps de plier et eux que j’ai quitté pour aller travailler.
Le vestiaire est calme, il ne s’agitera que dans quelques minutes lorsque l’équipe de jour aura déserté le service. Je me change rapidement et rejoins l’étage. Les filles m’attendent avec impatience. Elles vont enfin pouvoir passer le relais après cette journée difficile. Je m’installe à leurs côtés, sors mon calepin pour prendre les transmissions. Je me replonge ainsi dans la vie du service en prenant note du départ de certains, de l’arrivée d’autres, des traitements qui changent, de l’état qui s’améliore ou au contraire de la vie qui prend la fuite. Au moment où l’équipe de jour s'éclipse, la salle de soins se remplit de silence et d’obscurité. Sous la lumière tamisée des lampes d’appoint, nous commençons, mon collègue et moi à préparer les traitements et perfusions de 21 heures. Les mains s’animent dans un ballet de seringues, de tubulures et d’ampoules. Nous parlons peu. Les confidences se feront plus tard, en fin de nuit. Nous remplissons le chariot de soins et partons à la conquête du long couloir. La nuit est là à chaque recoin entraînant avec elle son lot d’angoisse et de solitude. Je frappe à la première porte :
- Bonsoir, nous sommes l’équipe de nuit...
Jusqu’au lendemain matin, tels deux oiseaux de nuit, nous resterons éveillés, frapperons doucement aux portes, rassurerons ceux qui en ont besoin, entendrons les confidences murmurées dans l’obscurité, installerons confortablement, ferons face aux urgences, soignerons.

Au lever du jour, les oiseaux de nuit, fatigués, disparaîtront sans faire de bruit pour ne réveiller personne jusqu'au soir venu, où ils virevolteront à nouveau.

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