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Le blog d'une infirmière libérale. Histoires et anecdotes d'une petite infirmière de campagne en vadrouille qu'il pleuve, qu'il vente et aussi quand le soleil se pointe. Une petite infirmière qui râle un peu, pleure de temps en temps et sourit beaucoup....Bienvenue à toi, viens sur mon blog prendre le bon air de la prairie...

Le coeur gonflé de miettes

Le coeur gonflé de miettes

Mon cœur était gonflé de miettes lorsque je suis partie de chez elle. Le cœur en miettes mais gonflé par un élan de vie qui continuait malgré tout. Je me suis retournée une dernière fois avant de rejoindre ma voiture et je l’ai aperçu assise près de sa fenêtre. Elle, ne me voyait pas, ses yeux étaient rivés sur l’écran de télévision qui reflétait des tas de petites lumières sur son visage.

Un peu plus tôt, pendant le soin, nous discutions de la vie en général, le genre de conversation qui part de rien mais peut arriver à tout. C’est ce qui s’est passé. Elle me racontait qu’elle était seule depuis longtemps et que son mari n’avait guère profité de sa retraite. Il était parti jeune et vite. Le cancer l’avait emporté en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire. Elle expliquait la maladie, l'exploitation qu’elle avait dû laisser parce que seule, ce n'était plus possible. Puis, elle me raconta entre deux compresses que son fils aussi s’en était allé quelque temps après le père. Elle a dit cela comme ça, comme si elle parlait d’une chose ordinaire mais sa voix s’est perdue dans un sanglot. Après tout ce temps, les larmes étaient encore au bord des yeux. Elle a continué à parler et moi, j’ai continué à faire le pansement et à l’écouter. Je ne disais rien, je l'écoutais simplement. Elle a vidé son sac, ce sac si lourd qu'elle traînait depuis des années. Elle qui semblait si solide, elle chez qui j'étais venue de nombreuses fois en me disant que c'était une de ces femmes de la campagne qui ont la peau dure, une de celles qui ne s'écoutent guère, qui sont dans l'action parce qu'elles n'ont pas le choix que de tenir la barre. J'ai eu l'impression que cela la soulageait de parler parce que parfois exposer ses faiblesses, cela permet d'être plus fort. Pendant que je la quittais, je me suis promis d'essayer de ne mettre plus personne dans des cases parce que cela, on le fait tous et qu'une case, c'est bien trop étroit pour y faire tenir toute une vie. Mon cœur était gonflé de miettes lorsque je suis partie de chez elle : le cœur en miettes mais gonflé par un élan de vie qui continuait malgré tout. Malgré les épreuves, malgré les cases qui sont toujours trop petites et qui nous étouffent.

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À propos
La petite infirmière

Infirmière de campagne, j’arpente les chemins en long, en large et en travers. Je sonne aux portes et dis « bonjour, comment ça va aujourd’hui ? ». Ah oui, j’écris aussi des histoires sur ce et ceux que je rencontre au quotidien parce qu’il y a de l’extraordinaire dans chaque vie ordinaire...
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